Effets des agents d’éclaircissement sur les restaurations photopolymérisables

La question que l’on se pose est de savoir si les agents d’éclaircissement dentaire peuvent jouer sur la couleur des restaurations composites existantes et s’il existe d’éventuelles différences entre les différents types de matériaux de restaurations photopolymérisables (composites, compomères …).

Le but de cette étude était de comparer l’effet du peroxyde de carbamide à 10% et du peroxyde d’hydrogène à 10% sur la couleur des composites micro-hybrides , des composites macrochargés photopolymérisables et des composites modifiés à l’acide.
2 composites photopolymérisables (3M Valux and Spectrum TPH), , 1 macrochargé , le composite condensable (Solitaire), et 2 composés modifiés aux polyacides (Dyract AP et Compoglass) ont été employés. Les composés hybrides ont servi de témoins. La couleur de 8 échantillons de chaque matériau a été analysée au moyen d’un spectrophotomètre avant blanchiment.
Les échantillons ont été alors divisés aléatoirement en 2 sous-groupes (n=4). Un groupe a été immergé dans la solution de peroxyde de carbamide à 10% et l’autre dans celle au peroxyde d’hydrogène à 10%, pendant 8 heures pendant 14 jours consécutifs.

Après blanchiment, les changements de couleur (Delta E) ont été déterminés pour chaque matériau et comparés au moyen du test de Kruskal-Wallis, suivi du test de Mann-Whitney (P inférieur à .05).

Résultats Après blanchiment avec du peroxyde de carbamide, le changement de couleur (delta E) pour Dyract AP (2.18 ; Écart-type = 1.41), Compoglass (1.14 ; Écart-type = 0.26) et Solitaire (1.56 ; Ecart-type = 0.89) étaient plus importants que les changements de couleur enregistrés pour 3M Valux (0.63 ; Écart-type = 3.60), et Spectrum TPH (0.66 ; Écart-type = 1.24). Les différences entre les matériaux blanchis avec du peroxyde de carbamide n’étaient pas statistiquement significatifs. Après blanchiment avec du peroxyde d’hydrogène, le changement de couleur pour Dyract AP (9.39 ; Écart-type = 0.53) et Compoglass (5.15 ; Ecart-type = 0.52) étaient plus élevé que les changements enregistrés pour le Spectrum TPH (4.53 ; Écart-type = 1.53) et 3M Valux (3.41 ; Écart-type = 4.40), tandis que le changement de couleur du Solitaire (3.69 ; L’écart-type = 0.57) était sensiblement plus important que celui de 3M Valux (P=.01). Les changements de couleur pour tous les matériaux de restauration examinés étaient médicalement discernables après l’application du peroxyde d’hydrogène à 10%. Cependant, médicalement on a observé une décoloration apparente seulement pour Dyract AP traité avec du peroxyde de carbamide à 10%.

Dans cette étude, tous les matériaux de restaurations examinés ont démontré une tendance semblable à devenir plus clair après traitement avec du peroxyde d’hydrogène à 10%. Après application clinique, le peroxyde de carbamide se décompose en urée, ammoniaque, anhydride carbonique, et en peroxyde d’hydrogène (3.5%), qui est la substance active. Puisque donc la teneur en peroxyde de carbamide à 10% est presque 3 fois plus faible que le peroxyde d’hydrogène à 10% ce résultat était prévisible.
Par rapport au peroxyde de carbamide à 10%, le peroxyde d’hydrogène à 10% a causé plus de changements de couleur sur les composites examinés.
Le changement de couleur des composés modifiés au polyacide (ces matériaux étant formé d’une matrice d’ester d’acide méthacrylique) était généralement plus élevé que le changement enregistré pour les composites hybrides et macrochargés.

Néanmoins, les problèmes de couleur des restaurations composées après blanchiment avec l’un ou l’autre agent se produiront même si les restaurations sont inchangées. Si le composites s’intégrait parfaitement dans la structure dentaire environnante avant le blanchissement, cela ne sera plus le cas une fois que les dents sont devenues plus claires et plus lumineuses en raison du blanchissement. Par conséquent, les composés peuvent exiger d’être remplacé. Ce problème de correspondance de couleur pourrait donc être plus mauvais si la couleur du composite demeure sans changement après blanchiment.

On a également remarqué qu’un blanchimenent de nuit particulièrement au peroxyde d’hydrogène évitait la colonisation bactérienne des bactéries cariogéniques (Streptococcus mutans, streptococcus sobrinus, and actinomyces viscosus) en empêchant leur adhérance.
En revanche on a remarqué qu’à long terme le peroxyde d’hydrogène avait engendré une recolonisation bactérienne par microcraquelure sur le composite et qu’il favorisait les phénomènes de microleeakage.

Ces échantillons analysé avaient une épaisseurs uniforme de 2mm et ont peut supposer que l’éclaircissement serait supérieur avec une épaisseur plus faible.
Un autre biais de l’étude concerne la non-évaluation de la disparité de couleur composites alors que la couleur des dents a également changé/dent.
Puisque les dents deviennent également plus claires et plus lumineuses en raison du blanchiment, l’évaluation spectrophotométrique des dents reconstituées avec des composites serait indiquée pour gagner plus de perspicacité dans la pertinence clinique des changements de couleur de ces restaurations. Néanmoins, dans les limites de la présente étude, on a observé que même les basses concentrations des agents de blanchissement ont eu une influence sur la couleur des restaurations. On doit donc conseiller au patient que la couleur des restaurations composites existantes ne sera plus en harmonie avec celle des dents normales après blanchissement, et que le remplacement peut être exigé.

The effect of current bleaching agents on the color of light-polymerized composites in vitro.

Senay Canay DDS, PhD, , a and Murat C. Çehreli DDS, PhDb a Professor, Department of Prosthodontics, Ankara, Turkey
b Research Assistant, Department of Prosthodontics, Ankara, Turkey